Ip Chun et l’héritage de son père Ip Man

Source : Inkstone (2019)
Traduction remaniée provenant de
Passion Wing Chun

Comment Ip Chun, fils du titan des arts martiaux Hong-Kongais, Ip Man, porte l’héritage de son père au grand âge de 95 ans

Photo : Sam Tsang

Ip Chun, fils du légendaire Grand Maître du wing Chun, Ip Man, continue d’enseigner à Hong Kong et sur le continent. Dans un calme dojo de Wing chun dans le quartier Prince Edward de Hong Kong, le doux bruit des mains frappant le bois se fait entendre, d’abord doucement, puis à un rythme de plus en plus soutenu. Les frappes vives, venant de divers angles, sur le Muk Yan Joon sont l’œuvre de Ip Chun, 95 ans, fils du légendaire Ip Man.

Ce qui manque à Ip en terme de glamour et de folklore entourant son père, connu pour avoir été le maître de la star Bruce Lee, il le rattrape largement pour ce qui est de sa vitalité, il anime de façon hebdomadaire 8 cours, totalisant 15 heures, sans oublier les voyages réguliers à Foshan et Shenzhen pour y enseigner, ce qui est trépidant pour une personne de son âge. 

« Le principe consistant à utiliser la souplesse pour contrer la puissance est quelque chose que vous pouvez appliquer dans votre vie de tous les jours. C’est un état d’esprit que vous pouvez utiliser au travail ou ailleurs. » dit Ip.

« J’ai l’impression que mes meilleurs étudiants sont ceux du continent, ils respectent leurs maîtres et ils le font de tout leur cœur. » 

L’essence de ce qu’exprime Ip, et son père – dont le nom est quasiment devenu synonyme de Wing Chun grâce à une série de film avec Donnie Yen Ji-dan – se retrouve dans le documentaire The Legacy of Ving Tsun, d’une durée de 45 minutes. Dr Lee Ka-man de la Hong Kong Shue Yan University a produit le film pour un coût de 110 000 dollars Hongkongais (14 000 USD) payés par le Lord Wilson Heritage Trust, y révèle quelques pépites historiques.

« Quand il était jeune, Ip Chun n’était pas intéressé par l’apprentissage du Wing Chun par son père. Et Ip man ne l’a pas forcé dans ce sens. » 

Dr Lee, du département Journalisme et Communication de l’Université, a passé quatre années sur ce documentaire, basé sur des interviews de Ip chun après qu’elle l’ait suivi comme son ombre pendant ses cours en ville ou sur le continent. Des extraits du film seront projetés à l’Université ce samedi. Le film sera diffusé dans son intégralité pour le public plus tard dans l’année. Dr Lee ajoute, au sujet de Ip chun :

« Il comprit plus tard, qu’en tant que fils aîné de Ip Man, il était de sa responsabilité d’apprendre le Wing Chun et de le transmettre. Il dut aussi apprendre à l’enseigner afin d’en vivre. » 

Le documentaire se penche aussi sur la relation entre Ip Man et Bruce Lee (qui donne lieu à un véritable engouement). Ip, déjà âgé, a quitté Foshan pour Hong Kong en 1949 et commença à enseigner le Wing Chun l’année suivante. Bruce Lee n’était qu’un adolescent quand il se plaça sous sa tutelle. Le Dr Lee dit que, s’il est largement connu que Bruce Lee apprit le Wing Chun de Ip Man pour développer plus tard son propre style – Jeet Kune Do -, c’était en fait Wong Sheun Leung, un autre maître et élève de Ip Man, qui passa le plus de temps à lui enseigner. Quand Lee quitta Hong Kong en 1959 pour aller aux États-Unis, il ne maîtrisait pas totalement le Wing Chun. Pendant son séjour aux Etats Unis il écrivit de nombreuses lettres à Wong, dans lesquelles il le remerciait pour son enseignement. L’une de ces lettres est visible au Hong Kong Heritage Museum à Sha Tin. 

D’après le Dr Lee, Bruce Lee proposa un jour d’offrir une propriété à Ip Man si celui-ci acceptait de filmer certains mouvements de Wing Chun et lui envoyait les bobines. Mais la réponse de Ip fut un « non » ferme et définitif. 

« Seul Ip Man lui-même sait pourquoi (il a rejeté la demande) » dit-elle (NDLT : Dr Lee est une femme). « Mais il faut aussi comprendre que Ip était une personne aisée et n’était pas de ceux qui font tout ce qu’on leur demande. » 

Certains des élèves de Ip firent leur chemin et créèrent leur propre style de Wing Chun. Parmi eux se trouvait Lok Yiu. D’après le documentaire du Dr Lee, les pratiquants de ce style étaient très stricts quant au choix de leurs disciples. 

« Il y a eu des exemples de personnes, qui bien qu’ayant frappé à leur porte, ne furent pas acceptées. » dit Dr Lee, se rappelant d’un maître qui avait dit qu’il préférait encore que son art disparaisse plutôt que de prendre des élèves au hasard. 

Le Wing Chun a connu un regain d’intérêt depuis le film Ip Man de 2008, qui a débouché sur une franchise d’une décennie avec 2 suites1 spin off et Ip Man 4 prévu pour cette année avec Donnie Yen dans le rôle éponyme. En 2014 le Gouvernement de Hong Kong a présenté sa première liste de candidats au titre de Patrimoine Culturel Immatériel, et le Wing Chun était l’un des 480 candidats. Mais, au milieu de toute cette excitation, le Wing Chun est simplement un mode de vie pour Ip Chun, homme peu disert.

« En tant que porteur d’un patrimoine culturel immatériel, j’ai la responsabilité de transmettre le Wing Chun. Mon espoir est que sa nature profonde ne change jamais, qu’il continue à être préservé » dit-il.